Sandra Ducrot
potière et céramiste

Alessandra Ducrot arrive à Paris en 1960. L’île de France ne lui fait pas oublier son île natale, la Sicile, tant et si bien que, forte d’un bilinguisme de famille, elle est engagée chez Gallimard comme traductrice d’auteurs italiens. Dans les années 70, en observant le travail de sa fille qui suit les cours "Terre Volume" du musée des Arts Décoratifs, Sandra décide de s’initier elle aussi à la céramique dans un atelier de Montparnasse fondé par le maître japonais Akira Tanimoto et Diana Berrier. L’atelier s’appelle le "Le Cheval à l’envers", en référence à l’idéogramme du cheval que l’on inscrit, à l’envers, sur les fours des potiers japonais, pour porter chance aux cuissons.

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"Mon plus grand plaisir, c’est que les gens aiment utiliser mes poteries et me le disent."

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Le Cheval à l’envers.

Là, notre Palermitaine apprend à tourner avec Kristin McKirdy et se perfectionne avec Philippe Dubuc. Helena Klug, lui enseigne l’alchimie des émaux. Des années d’apprentissage qui confirment Sandra dans son nouveau mode d’expression. C’est décidé. Elle attaque le chapitre "potière" de son histoire personnelle et ouvre en 1975 son atelier au 37 bis rue de Montreuil, la dernière Cour de l’Industrie de Paris - désormais inscrite à l’inventaire des Monuments historiques - sauvée de justesse de la démolition pour être rachetée en 2004 par la Ville. "Ce lieu est très important pour moi", précise Sandra qui entretient depuis trente ans les meilleures relations avec la cinquantaine d’artistes et artisans du site.

Poterie = contenant.

Pour Sandra la poterie n’est pas de la sculpture, mais un dérivé de la céramique utilitaire qui en garde l’empreinte. Même si certaines de ses pièces sont plus décoratives qu’utilitaires, elles ont "un dehors" et "un dedans" faisant office de contenant.

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Il cuore sulla mano...

Le "coeur sur la main", une main généreuse qui s’abandonne au plaisir de creuser la motte de terre sous l’effet du tour, tandis que le cylindre monte, s’effilant vers le bord, accompagné par la main gauche restée à l’intérieur de la pièce jusqu’à bout de course. Une citation d’Akira Tanimoto, revient souvent dans la conversation avec Sandra : "C’est l’intérieur du pot qui lui donne sa forme". Elle aime bien sûr créer des bols, exercice obligé depuis le néolithique, des coupes, des jarres, des assiettes, des pichets qu’elle tourne elle-même. Au fil de ses recherches, Sandra travaille aussi des formes nouvelles qui pour moins utilitaires qu’elles soient, n’en conservent pas moins la fonction de récipient. Carafe double à anse, pichet à bec : elle se sent très inspirée aujourd’hui par les bronzes de la dynastie chinoise Shang (1300 avant JC).

La passion des émaux.

Helena Klug, son ancien professeur d’émail au "Cheval à l’envers", spécialiste reconnue dans cette discipline, exerce toujours une grande influence sur son travail. En expliquant la composition moléculaire des matières premières utilisées dans les émaux, elle affranchit les potiers de l’obligation de recourir à des produits industriels "prêts à l’emploi". C’est d’elle que Sandra tient sa passion pour la quête permanente de nouveaux émaux. Aussi, toutes ses expérimentations de couvertes et glaçures, sont-elles consignées dans ses carnets de potière. Classés par famille, ces essais constituent une constellation de couleurs et de textures.

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"Il n’y a pas de secret en céramique" confie Sandra. Seulement une pratique de chaque jour. Mais le savoir est partout. Chaque geste, chaque façon de travailler la motte de terre, de la jeter sur le tour, de la tourner, de la faire sécher, de la cuire, de la tremper dans un bain d’émail, de l’égoutter, de la recuire est le fruit d’un long travail expérimental.

Pour pouvoir utiliser un four à gaz en plus de son four électrique installé rue de Montreuil, Sandra ouvre un second atelier dans la Nièvre. Au milieu de son jardin de roses et près de la terre de prédilection des potiers, l’argile gréseuse de Saint-Amand-en-Puisaye.

Coin cuisine.

"È vero", dans l’atelier de Sandra on se sent bien comme dans une cuisine. La maîtresse des lieux vous y accueille avec le sourire, observe ce qui vous attire parmi les pièces exposées sur les étagères tout en badigeonnant ses pièces à la louche d’un émail crémeux. Les poteries de Sandra donnent envie de se mettre à table - peut-être de nous aussi mettre la main à la pâte, pardon à la terre ? - en tout cas de causer recettes d’enthousiasme. Allora buon appetito !

Anne et Bruno Manuel

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